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Elle s'appelait Sarah de Tatiana de Rosnay


Elle s'appelait Sarah (Sarah's Key)
de Tatiana de Rosnay
Le Livre de Poche 2010 
(1ère édition en 2006)
415 pages 

Tatiana de Rosnay est une scénariste, journaliste et écrivain franco-britannique née en 1961. Elle rédige aussi bien en français qu'en anglais. Son neuvième roman, Elle s'appelait Sarah, a fait l'objet d'une adaptation cinématographique sortie en salles en 2010.   




Quatrième de couverture

Paris, juillet 1942: Sarah, une fillette de dix ans qui porte l'étoile jaune, est arrêtée avec ses parents par la police française, au milieu de la nuit. Paniquée, elle met son petit frère à l'abri en lui promettant de revenir la libérer dès que possible. 
Paris, mai 2020: Julia Jarmond, une journaliste américaine mariée à un Français, doit couvrir la commémoration de la rafle du Vél d'Hiv. Soixante ans après, son chemin va croiser celui de Sarah, et sa vie va changer à jamais.
Elle s'appelait Sarah, c'est l'histoire de deux familles que lie un terrible secret, c'est aussi l'évocation d'une des pages les plus sombres de l'Occupation. Un roman bouleversant sur la culpabilité et le devoir de mémoire, qui connaît un succès international, avec des traductions dans trente-quatre pays. 

Mon avis

J'ai été très rapidement happée par ce livre que j'ai dévoré en une soirée. Quelques pauses au début et puis, arrivée au Vel d'Hiv, l'émotion qui me prend à la gorge, la difficulté d'arrêter avant d'avoir lu la fin. Qui de plus est, l'histoire se déroule à une vitesse incroyable et les courts chapitres ainsi que le style précis et rapide de l'auteur donnent beaucoup de rythme. Le roman est constitué de deux parties. La première est en quelque sorte un témoignage, qui alterne les chapitres entre l'histoire de Sarah en 1942 et les recherches de Julia sur le Vel d'Hiv en 2002. La seconde partie permet ensuite de partir à la recherche de Sarah à travers Julia, qui reprend peu à peu sa vie en main.

On est assez rapidement touchée par le personnage de Sarah qui grandit, gagne en courage au fur et à mesure de ses épreuves et tente de survivre à cette culpabilité qui la ronge. De là à souffrir pour elle et à se demander sans cesse si elle va s'en sortir et retrouver son petit frère, il n'y a qu'un pas. Le personnage de Julia m'a beaucoup parlé aussi, même si j'ai eu du mal avec sa relation avec son mari (qui lui est tout à fait insupportable). Mais j'ai apprécié l'attachement qu'elle porte à cette petite fille et le fait qu'en témoignant, en s'excusant, elle revit à travers elle. Les personnages secondaires sont eux assez insipides et bourrés de clichés, sauf peut-être Edouard dont le passé qui le hante est intéressant, et bien évidemment Zoé, la fille de Julia, qui apporte un peu de fraîcheur à l'histoire.

La liaison entre les deux histoires se laisse deviner, on sent qu'il y a un lien mais il demeure flou et imprécis, ce qui permet de ménager une petite part de suspens. La seconde partie de l'histoire est plus lisse et prévisible dans beaucoup de domaines, a trop vouloir faire dans le bon sentiment, on peut tomber dans le cliché.

L'enquête de Julia permet de mettre en lumière cet épisode marquant et honteux de l'histoire de France. Car ce sont bel et bien des policiers français qui sont venus frapper cette nuit-là à la porte des familles juives. Eux aussi qui bloquaient les portes du Vel d'Hiv des jours durant. Eux encore pour mener tous ces gens vers les camps. Certes le discours de l'auteur se veut un brin culpabilisant et je trouve qu'il est quelque part facile de faire intervenir une journaliste américaine (et donc extérieure à ce fardeau national) pour donner des leçons de morales. Tatiana de Rosnay passe également sous silence le fait que de nombreuses personnes qui devaient être arrêtées ne l'ont pas été grâce à des gens qui ont pris d'énormes risques ce jour-là. Néanmoins, le roman permet à tout un chacun de soulever des questions, de se rappeler.

Mes grands-parents vivaient à Paris pendant la guerre, qu'ont-ils fait ce jour-là ? Qu'aurais-je fait à leur place ? Quand mes enfants auront à peu près mon âge, nous  célébrerons les 100 ans du Vel d'Hiv, se souviendrons-t-ils ? Ou est-ce-que les horreurs de la seconde guerre mondiale seront pour eux aussi abstraites que les guerres Napoléoniennes pour moi ?

Car en dehors de son histoire et de certaines lourdeurs parfois trop présentes, ce roman porte avant tout sur le devoir de mémoire, la nécessité de ne pas oublier, de témoigner, quand les autres omettent de le faire ou nient la vérité. A l'image de Julia, dont la volonté de faire la lumière sur la passé est aussi forte que celle de Sarah de survivre. Quand l'horreur est tellement forte qu'elle en devient indicible, quand la honte de n'avoir agi est tellement présente qu'on la camoufle, la seule chose à faire est de témoigner. L'oubli et le silence sont ce qui nous ronge.

Zakhor, al Tichkah. Souviens-toi, n'oublie jamais. 


Coup de cœur


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10 commentaires

  1. Un très beau livre que je lirai sûrement..
    Merci pour ton avis.

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    1. Oui, il se lit très rapidement en plus.

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  2. j'aime beaucoup lire ce genre de livre, c'est toujours très intéressant. Je n'ai pas lui celui ci mais je le garde en tete. merci!

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    1. Y'a pas de quoi ^^. Ça faisait longtemps que je l'avais dans un coin de ma tête celui là alors je suis contente de l'avoir enfin lu.

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  3. C'est vraiment une belle histoire, très émouvante. J'ai juste trouvé que la partie concernant Julia, surtout sa relation avec son mari, n'était pas très intéressante.

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    1. Effectivement, ce n'est pas la partie la plus intéressante. Et puis ce mari est des plus insupportable!

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  4. Un livre qui m'a l'air très émouvant et qui porte sur une période historique qui m'intéresse beaucoup. Je pense donc le lire un jour. Et puis ce ne lis que des avis positifs sur ce livre et le film alors ça donne envie.

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    1. Je n'ai pas (encore) vu le film, mais j'en ai entendu que du bien aussi.

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  5. Un livre véritablement magnifique, qui laisse des traces. Mais, à vrai dire... Tant mieux :)

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